
Rapport ShareAction 2025 : Classement ESG des Banques Européennes et Leadership Français
Dans son rapport publié en Décembre 2025 "In Debt to the Planet 2025", l'ONG ShareAction dresse un bilan mitigé des stratégies environnementales et sociales des 25 plus grandes banques européennes. Si les établissements français dominent le classement, l'étude révèle un ralentissement global des engagements climatiques et des carences majeures sur la biodiversité et les droits humains. Analyse des points clés pour les acteurs financiers.
Le "French Touch" : La domination relative des banques françaises dans le classement ESG
L'enseignement principal pour le marché héxagonal est la surperformance relative des banques françaises. Sur les 25 établissements audités, la France occupe trois des cinq premières places, démontrant ainsi une maturité supérieure en matière de politiques RSE par rapport à leurs homologues allemandes ou britanniques.
La Banque Postale (1ère - Score : 58%) : Conserve son leadership grâce à la politique d'exclusion des énergies fossiles la plus robuste du secteur.
BNP Paribas (2ème - Score : 56%) : Se distingue par des cibles de décarbonation solides, bien que des progrès restent attendus sur les droits humains.
Crédit Mutuel (3ème - Score : 53%) : Complète le podium avec une bonne performance sur les politiques sectorielles.
À noter que le Crédit Agricole (5ème) et la Société Générale (7ème) se maintiennent dans le top 10, tandis que BPCE se classe 12ème. À l'inverse, Deutsche Bank et UBS ferment la marche, illustrant un retard structurel.

Climat et Énergies Fossiles : Ralentissement et failles méthodologiques
Malgré une moyenne sectorielle de 52 % sur le pilier climatique, ShareAction alerte sur une stagnation des progrès. L'élan observé au début des années 2020 s'essouffle face au contexte politique et économique.
L'épineux problème de l'expansion pétro-gazière
Le rapport souligne qu'une majorité de banques continuent de financer l'expansion des énergies fossiles via des failles dans leurs politiques :
Seules 4 banques excluent totalement le financement aux entreprises développant de nouveaux projets pétroliers et gaziers.
La faille du "Ringfencing" : De nombreuses banques financent des géants fossiles sous prétexte que les fonds sont fléchés vers des projets verts, sans exiger de plan d'arrêt de l'expansion fossile (transition plan).
L'angle mort du GNL : Les infrastructures midstream (terminaux GNL) restent largement financées, augmentant le risque d'actifs échoués (stranded assets) face à la baisse de demande anticipée par l'AIE.
Des objectifs "verts" trop flous et mal ciblés
L'étude pointe du doigt un problème de précision dans les promesses des banques. Au lieu de détailler concrètement où ira l'argent, la plupart des établissements se contentent d'annoncer d'importants montants globaux (par exemple : "nous investirons 100 milliards d'euros pour la planète").
Cependant, ces chiffres impressionnants masquent deux lacunes majeures :
Un manque de ciblage : L'argent n'est pas assez dirigé vers les besoins techniques réels de la transition, comme la modernisation des réseaux électriques (les câbles et pylônes nécessaires pour transporter l'électricité verte) ou les technologies innovantes (comme le stockage de l'énergie ou l'hydrogène vert).
Un décalage avec la science : En restant trop vagues, ces objectifs ne garantissent pas que les investissements sont suffisants pour limiter le réchauffement à 1,5°C.
En somme, les banques mettent beaucoup d'argent sur la table, mais pas forcément aux endroits stratégiques pour sauver le climat.
Biodiversité et Droits Humains : Les parents pauvres de la gestion des risques
Si le climat est désormais intégré aux modèles de risques, la biodiversité et les droits sociaux accusent un retard inquiétant.
Biodiversité (Score moyen : 22%) : Bien que l'usage des outils comme TNFD ou de la base de donnée ENCORE progresse, les politiques restrictives sont faibles. Seules 16 % des banques appliquent des restrictions strictes sur les zones clés pour la biodiversité (KBA : Key Biodiversity Areas) à la fois en financement de projet et en financement corporate.
Droits des Peuples Autochtones (Score moyen : 7%) : C'est le point noir de l'étude. Le respect du Consentement Libre, Préalable et Éclairé (FPIC) est rarement exigé pour les financements d'entreprises, exposant les banques à des risques juridiques et réputationnels majeurs, notamment dans les pays du Sud.

Recommandations pour les directions financières et RSE
Pour aligner les portefeuilles sur une trajectoire durable et atténuer les risques de transition, ShareAction émet trois recommandations prioritaires :
Cesser le financement de l'expansion fossile : Exiger des plans de transition crédibles et arrêter les financements dédiés aux nouveaux projets d'exploration.
Adopter une approche holistique : Ne plus traiter le climat en silo, mais l'intégrer avec la biodiversité et les droits humains (notamment le FPIC).
Renforcer la transparence méthodologique : Définir des cibles de finance durable basées sur des méthodologies scientifiques quantitatives et couvrir l'ensemble des activités de marché de capitaux (souscription).